

Abritant 28 bassins fluviaux partagés couvrant près de 71 % de sa superficie totale, soit l’un des niveaux d’interdépendance hydrique les plus élevés au monde, l’Afrique de l’Ouest a ouvert un nouveau chapitre de son agenda de gouvernance de l’eau à Abidjan, en Côte d’Ivoire, le 22 septembre 2026, lorsque la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et le Comité permanent Inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) ont tenu la 13ᵉ Session ordinaire du Comité des experts techniques du Cadre permanent de concertation et de suivi (CPCS) de la Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE). Au cours des deux journées suivantes, les points focaux nationaux et les délégations techniques des quinze États ouest-africains, les organismes de bassins transfrontaliers, les partenaires techniques et financiers ainsi que les représentants de la société civile ont examiné l’état de mise en œuvre des résolutions régionales et formulé des recommandations destinées à la 6ᵉ Session ordinaire du Comité ministériel de suivi.
Procédant à l’ouverture de la session au nom du Ministre des Eaux et Forêts de la République de Côte d’Ivoire, M. Jacques Assahoré Konan, la Directrice de Cabinet du ministère, le Conservateur général Elvire-Joëlle Zouzou épouse Mailly, a inscrit cette rencontre dans le cadre plus large des réformes engagées par le pays dans le secteur de l’eau. Elle a notamment évoqué l’adoption d’un nouveau Code de l’Eau en 2023, la révision de la Politique nationale de l’Eau ainsi que l’élaboration d’un Schéma directeur des ressources en eau, autant d’éléments témoignant de la préparation institutionnelle de la Côte d’Ivoire à accueillir cette session.
Intervenant auparavant au nom des trois institutions coorganisatrices, M. KOUASSI Kouakou Alexis, Directeur du Centre de Gestion des Ressources en Eau de la CEDEAO, a replacé les travaux dans le contexte d’une situation hydrologique régionale marquée par la variabilité climatique, la pression démographique et la dégradation des écosystèmes. Selon lui, ces facteurs constituent des menaces directes pour la sécurité alimentaire, le développement énergétique et la stabilité régionale.
« La Gestion intégrée des ressources en eau n’est plus simplement une option méthodologique. Elle est devenue une nécessité de survie et un puissant moteur d’intégration régionale », a-t-il déclaré, invitant les experts techniques à faire preuve de rigueur scientifique et de vision prospective afin de transformer les risques hydrologiques en opportunités de coopération, de sécurité et de croissance durable.
À l’ouverture des travaux techniques, le Bureau de la Session a été officiellement constitué conformément aux dispositions statutaires du Cadre permanent. Le Sénégal en a assuré la présidence à travers le Dr Bakary Fatty, avec l’appui d’un système de rapporteurs tournants assuré par le Burkina Faso, le Ghana et le Cabo Verde. Les travaux ont également permis de clarifier le mandat institutionnel du Cadre, qui réunit sur un pied d’égalité les quinze États de la région autour de la Politique des ressources en eau pour l’Afrique de l’Ouest élaborée conjointement par la CEDEAO, l’UEMOA et le CILSS.
L’examen technique a porté sur l’état de mise en œuvre des quatorze résolutions adoptées lors de la 5ᵉ Session ministérielle. Les délégués ont relevé que deux directives régionales, l’une relative au développement des infrastructures hydrauliques et l’autre à la gestion des ressources en eau partagées, avaient été adoptées par le Conseil des ministres de la CEDEAO en décembre 2024, mais demeuraient en attente de publication officielle.
Les discussions ont également porté sur la révision en cours de la Politique des ressources en eau de l’Afrique de l’Ouest et ont mis en évidence le leadership continental de la région en matière d’adhésion aux instruments juridiques internationaux. Huit des quinze États africains parties à la Convention des Nations Unies de 1992 sur les cours d’eau internationaux appartiennent à la CEDEAO, tandis que l’adhésion officielle du Bénin est attendue en novembre 2026.
Les participants ont en outre relevé plusieurs insuffisances persistantes dans la mise en œuvre des décisions régionales, notamment l’absence de suivi opérationnel du projet de Fonds de l’Eau de l’Afrique de l’Ouest malgré une étude de faisabilité financée par la Banque mondiale, ainsi que la signature toujours en attente d’un accord de coopération avec l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, institution focale des centres régionaux d’excellence dans le domaine des ressources en eau.
Parmi les avancées enregistrées figurent la création de l’Autorité de gestion du bassin transfrontalier du fleuve Mano, dont les instruments juridiques ont déjà reçu les validations technique et ministérielle, ainsi que le développement conjoint avec la Banque mondiale du Pilier 4 du Programme régional DREVE.
La session a également servi de plateforme d’expression à la société civile sur les questions de participation institutionnelle. Le Président du Conseil consultatif sous-régional sur les ressources en eau (CRCE), le Dr Boluwaji Onobolu, dont l’organe rassemble 45 membres issus des milieux techniques, des organismes de bassin et de la société civile, a plaidé pour une coordination plus systématique entre les différents collèges du Conseil, notamment à travers une meilleure intégration des dimensions liées au genre et à la jeunesse dans les activités du Centre.
Cette intervention est intervenue peu après l’élection, pour la première fois en vingt ans, d’un président titulaire du Conseil.
Les conclusions de la 13ᵉ Session ordinaire constitueront la base technique des délibérations de la 6ᵉ Session ordinaire du Comité ministériel de suivi de la GIRE et alimenteront directement les travaux du premier Forum régional de l’eau de l’Afrique de l’Ouest (FREAO), prévu les 24 et 25 septembre 2026 à Abidjan autour du thème :« Valoriser l’eau pour transformer l’Afrique de l’Ouest ».
Au-delà de cette échéance immédiate, la session réaffirme l’engagement commun de la CEDEAO, de l’UEMOA et du CILSS en faveur d’un agenda régional de long terme pour l’eau, visant à consolider vingt-cinq années de gestion intégrée des ressources en eau en Afrique de l’Ouest à travers des mécanismes de financement durables, des institutions transfrontalières opérationnelles et des progrès mesurables vers la réalisation de l’Objectif de développement durable n° 6.
Alors que la région se prépare à la Conférence des Nations Unies sur l’eau de 2026 à Abou Dhabi et à la célébration de l’année 2026 proclamée « Année de l’Eau » par l’Union africaine, les délibérations de cette semaine à Abidjan marquent une nouvelle étape dans l’ambition de l’Afrique de l’Ouest de traduire les cadres de gouvernance de l’eau en bénéfices concrets pour la sécurité, la résilience et la prospérité de ses populations.
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