

La nouvelle ECOWAP, la politique agricole de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), doit être moins une politique de documents et davantage une politique d’investissements, d’actions et de résultats.
C’est la conviction exprimée par le ministre sénégalais de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Cheikhou Oumar Ba, le jeudi 27 août 2026, à l’ouverture de la réunion ministérielle virtuelle consacrée à la révision de l’ECOWAP.
Pour M. Ba, dont le pays assure la présidence en exercice de la Cédéao, la nouvelle ECOWAP ne doit pas être une simple actualisation procédurale de la politique existante. Elle doit être une politique de transformation, de souveraineté alimentaire, de création de valeurs et d’emploi, mais également une politique de résilience, d’intégration et de stabilité régionales.
Dressant le bilan des vingt (20) années d’existence de l’ECOWAP, il a indiqué que cette dernière a permis de construire une solide architecture politique et institutionnelle régionale, et contribué à renforcer la planification agricole, développer les instruments régionaux de sécurité alimentaire, mettre en place un système d’alerte précoce ainsi qu’à promouvoir la recherche et l’innovation. Ces acquis seront préservés, a-t-il dit, tout en rappelant les limites de l’ECOWAP.
Au nombre de ces limites, il a énuméré notamment les difficultés de financement, la faiblesse de la mise en œuvre des engagements, les insuffisances des échanges régionaux, la faible participation des femmes et des jeunes, la croissance démographique, l’augmentation de la demande alimentaire, le sous-emploi des jeunes ouest-africains, le changement climatique, les inondations, la pauvreté, les conflits armés et la persistance de l’insécurité alimentaire.
« La prochaine décennie devra nous permettre de construire sur des fondations de systèmes alimentaires plus souverains, plus productifs, plus compétitifs, plus résilients et plus inclusifs. Et c’est là que doit se situer l’ambition de l’ECOWAP de la nouvelle génération », a-t-il déclaré.
Selon lui, la nouvelle ECOWAP devra être accompagnée d’un véritable pacte de financement. Le financement de notre politique agricole régionale, a-t-il laissé entendre, doit progressivement s’appuyer davantage sur les ressources souveraines des Etats membres, tout en mobilisant le secteur privé aux plans national et régional, de même que des partenaires extérieurs.
Cheikhou Oumar Ba a particulièrement insisté sur le secteur privé national et régional, qui doit être considéré, à ses yeux, comme un véritable partenaire de la transformation agricole et non comme un simple secteur additionnel. C’est pourquoi, il a suggéré qu’il soit associé au financement et à la mise en œuvre des investissements dans la nouvelle génération d’ECOWAP.
Il a plaidé pour que les organisations de producteurs, les femmes et les jeunes deviennent désormais de véritables acteurs de la mise en œuvre de la nouvelle politique agricole régionale.
Aux dires de M. Ba, la nouvelle ECOWAP devra être une politique de résultats et de la redevabilité. « Nous ne devons plus attendre la fin d’un cycle pour mesurer nos progrès. Nous devons mettre en place au départ un mécanisme de suivi-évaluation continu, articulé aux revues biennales permettant de mesurer régulièrement les résultats, d’identifier les difficultés et d’ajuster nos interventions », a-t-il conseillé.
Pour lui, la future politique agricole régionale pourra surtout bénéficier des immenses atouts considérables dont dispose l’espace communautaire tels que le vaste marché ouest-africain, le dynamisme de l’intégration régionale, les potentialités de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), le secteur privé, sans oublier les financements innovants et alternatifs.
« Nous devons faire de ces opportunités le point de départ d’un nouveau pacte régional pour la transformation de notre système alimentaire », a-t-il précisé.
Il a d’ailleurs félicité les experts, réunis deux jours auparavant, également de manière virtuelle, pour la qualité de leurs travaux et des documents qui ont été soumis à l’appréciation des ministres, notamment les projets de rapport de bilan et de perspectives pour les dix (10) prochaines années ainsi que les axes stratégiques proposés pour l’adoption de la nouvelle politique agricole régionale.
Pour sa part, le commissaire aux Affaires économiques et à l’Agriculture sortant de la Commission de la Cédéao, Dr Kalilou Sylla, a émis le souhait qu’en 2035, l’ECOWAP soit un modèle de souveraineté alimentaire et de transformation économique durable au service des populations ouest-africaines.
La politique agricole de la Cédéao, plus connue sous le sigle ECOWAP, faut-il le rappeler, a été adoptée en janvier 2005, à Accra, au Ghana, par les chefs d’État et de gouvernement de la Cédéao. Elle constitue le cadre stratégique régional pour le développement agricole, la sécurité alimentaire et nutritionnelle, ainsi que la contribution du secteur agricole au développement économique et social durable en Afrique de l’Ouest.
Alors que le cycle de mise en œuvre 2015-2025 touche à sa fin, la Cédéao a lancé un nouveau processus de révision visant à repositionner l’ECOWAP à l’horizon 2035, conformément aux ambitions renouvelées de la Déclaration de Kampala, au prochain cycle du Programme détaillé pour le développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA) 2026-2035 et aux orientations de la Vision 2050 de la Cédéao.
La future politique agricole de la Cédéao sera centrée sur les producteurs et accordera une place renforcée aux femmes et aux jeunes, deux catégories essentielles pour l’avenir de l’agriculture ouest-africaine. Elle mettra aussi un accent particulier sur la digitalisation de l’agriculture et sur
la commercialisation des produits agricoles, deux leviers reconnus de modernisation et de création de valeurs.
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