LES DIRIGEANTS D’AFRIQUE DE L’OUEST ADOPTENT LE PROGRAMME D’ACTION RÉGIONAL D’ABUJA POUR ACCÉLÉRER LE LEADERSHIP POLITIQUE DES FEMMES
04 Août, 2026Des ministres, parlementaires, chefs de partis politiques et réseaux de femmes de toute l’Afrique de l’Ouest ont adopté aujourd’hui le Programme d’action régional d’Abuja. Ce document définit des mesures concrètes et assorties d’échéances pour concrétiser la vision énoncée dans la Déclaration présidentielle sur la promotion de la parité entre les sexes dans la représentation politique, adoptée par la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO.
Ce programme a été adopté à l’issue du Forum sur le leadership politique des femmes en Afrique de l’Ouest, organisé à Abuja les 30 et 31 juillet 2026 sur le thème « Accélérer la participation politique et le leadership des femmes en Afrique de l’Ouest : de l’engagement à l’action ». Cette initiative a été portée conjointement par la Commission de la CEDEAO, le ministère des Affaires féminines et du Développement social du gouvernement de la République fédérale du Nigeria, l’Union africaine, le Réseau des femmes leaders africaines (AWLN) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).
Les femmes occupent 18,4 % des sièges parlementaires en Afrique de l’Ouest, soit la proportion la plus faible de toutes les régions du continent. Cette représentation est encore plus réduite au sein des instances exécutives et des directions des partis politiques.
Ce forum constituait la première réunion régionale depuis l’adoption, par les chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, de la Déclaration sur la promotion de la parité entre les sexes dans la représentation politique au sein de l’espace CEDEAO, lors de la 69e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement tenue à Freetown (Sierra Leone) le 19 juillet 2026. Conçue comme une initiative marquant le cinquantième anniversaire de la Communauté, cette Déclaration témoigne de l’engagement des États membres à œuvrer progressivement pour atteindre la parité totale entre les sexes dans les fonctions électives d’ici 2035.
La Déclaration invite les États membres à renforcer les cadres constitutionnels, juridiques et politiques favorisant la participation politique et le leadership des femmes. Elle encourage les partis politiques à réformer leurs processus de désignation des candidats, leurs structures internes et leurs pratiques de gouvernance afin de permettre aux femmes de briguer des mandats dans des conditions de réelle compétitivité. Elle appelle à un investissement accru dans le développement du leadership, le mentorat et les réseaux de soutien aux femmes aspirant à des fonctions publiques ; elle reconnaît par ailleurs le financement de la vie politique comme un obstacle majeur et préconise des mesures visant à améliorer l’accès des femmes aux ressources nécessaires pour mener campagne. Il souligne en outre la nécessité de s’attaquer aux normes sociales restrictives par l’éducation, le plaidoyer et la collaboration avec la société civile, le monde universitaire et les médias, et confie à la Commission de la CEDEAO un rôle central dans le soutien à la mise en œuvre, à travers la coordination régionale, l’assistance technique, l’apprentissage par les pairs et le suivi des progrès.
« Cette Déclaration est appelée à constituer un héritage durable pour la CEDEAO à l’aube de son cinquantenaire et un fondement essentiel de la Communauté que nous bâtissons dans le cadre de la Vision 2050 : une CEDEAO des peuples, de tous nos peuples », a déclaré S.E. Mme Damtien L. TCHINTCHIBIDJA, Vice-Présidente de la Commission de la CEDEAO, lors de son allocution principale. « L’histoire retient rarement ceux qui se sont contentés de reconnaître la nécessité du changement ; elle se souvient plutôt de ceux qui ont eu le courage de le concrétiser. Les chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO ont donné une impulsion décisive à ce changement et ont jeté des bases solides sur lesquelles notre région peut désormais bâtir », a-t-elle ajouté.
« Le leadership politique des femmes ne relève plus d’une simple question d’équité envers elles. Pour moi, c’est une question de compétence pour les nations. En effet, une démocratie qui gouverne en se privant de la moitié de ses talents n’est pas seulement injuste : elle est sous-performante », a affirmé S.E. Mme Imaan Sulaiman-Ibrahim, Ministre des Affaires féminines et du Développement social de la République fédérale du Nigeria.
« L’Afrique ne manque pas de femmes possédant les capacités, l’ambition et l’engagement nécessaires pour diriger », a déclaré Mme Ahunna Eziakonwa, Sous-Secrétaire générale des Nations Unies, Administratrice assistante du PNUD et Directrice du Bureau régional pour l’Afrique, dans un message vidéo adressé au Forum. « Notre mission ne consiste pas à demander aux femmes de s’adapter à des systèmes politiques inégalitaires, mais à transformer ces systèmes. »
S’adressant aux femmes leaders réunies à Abuja, le Dr Jide Okeke, Directeur du Programme régional pour l’Afrique du PNUD, a déclaré : « Vous n’êtes pas le problème à résoudre. Vous êtes la preuve que le problème peut être résolu. La question n’est pas de savoir si les femmes peuvent gouverner en Afrique de l’Ouest. C’est de savoir combien de temps encore cette région compte gouverner sans elles. »
« L’égalité des sexes n’est pas seulement une aspiration sociale ; c’est un impératif démocratique et un investissement stratégique pour la paix, la prospérité et la résilience des institutions », a déclaré S.E. Mme Bineta Diop, co-initiatrice du Réseau des femmes leaders africaines (AWLN), dans une allocution prononcée en son nom par Mme Marie Louise Mwange, coprésidente mondiale de l’AWLN.
Le Programme d’action régional d’Abuja définit neuf engagements visant à concrétiser la Déclaration. Il s’agit notamment de traduire celle-ci en lois adaptées aux réalités nationales, assorties de programmes dûment financés et d’objectifs mesurables ; de s’attaquer à la monétisation et à la hausse des coûts de la vie politique, qui défavorisent systématiquement les femmes ; de garantir la sécurité et la dignité des femmes dans la vie politique, en appliquant une tolérance zéro à l’égard des violences physiques, psychologiques, sexuelles et facilitées par les technologies ; de donner la priorité aux jeunes femmes et à celles confrontées à des formes d’exclusion croisées ; de soutenir la participation significative des femmes aux transitions politiques, y compris au sein des institutions intérimaires et des organes de révision constitutionnelle ; de bâtir un réseau de femmes leaders interpartis et intergénérationnel à l’échelle de la région ; de promouvoir l’engagement des hommes et des garçons en tant qu’alliés pour faire progresser la parité des sexes ; et d’instaurer un mécanisme régional de reddition de comptes sur les résultats, étayé par des données comparables et des rapports de suivi.
Le Forum a bénéficié du soutien du PNUD par l’intermédiaire du Mécanisme africain d’appui aux transitions inclusives (AFSIT) et du Mécanisme africain pour les femmes leaders politiques. Ces initiatives ont été mises en place en partenariat avec la Commission de l’Union africaine et l’AWLN afin de renforcer l’écosystème nécessaire aux femmes pour accéder à la vie politique, s’y maintenir à des postes de direction et y exercer une influence réelle. L’initiative phare de ce mécanisme, l’Académie africaine pour les femmes leaders politiques, sera lancée à Kigali du 3 au 7 août 2026.